Oye!!!!
Quelle joie de vous retrouver et vous raconter tout ce qui va suivre. En meme temps je flippe un peu parce qu'il s'est passe tellement de choses que ca va me prendre deux heures.
Decrire les instants de bonheur qui durent une seconde, les mauvaises surprises ou les echanges magnifiques qui se sont faits en trois jours c'est pas si facile. En plus pas de chance je suis du genre sensible et touchee par tout ce qui m'entoure alors j'ai des souvenirs plein la tete. Et comme a chaque fois que je vous ecris, je sais que je vais oublier des elements importants et que je vais y repenser pendant deux jours.
Tout me semble essentiel et j'ai envie de vous le faire partager.
Mais le meilleur conseil que j'ai a vous donner pour que vous me compreniez reellement: c'est de voyager!
Alors je vais prendre les choses dans l'ordre chronologique afin d'en oublier le moins possible. Je sors mon petit carnet de notes que j'ai toujours sur moi et ou j'ai note le plus important, je me met a l'aise dans cette chaise que je squatte depuis plus de trois heures...et c'est partit!!
Pour notre depart de la fondation GENA a Quito, toute l'ecole nous a prepare une jolie surprise. Dans la cour de l'ecole les 350 enfants se sont reuni pour nous chanter une chanson et nous offrirdes cartes et des dessins en souvenirs. Vous me connaissez, j'ai pas reussi a retenir mes larmes. En plus ils avaient choisi une chanson sur l'amitie et la solidarite avec que des paroles qu'il ne faut pas ecouter sinon soit tu pleures, soit tu trouves que c'est exagere et trop a l'eau de rose.
Ce moment restera pour moi un des souvenirs les plus forts de mon sejour en Equateur. Je ne veux pas oublier ces moments ou je me baladais seule dans les rues du Comite del Pueblo, si decontractee, si bien avec moi meme, l'esprit completement libre.
Quelles images garderais-je de Quito?
C'est la ville ou l'on rentre a 6 dans un taxi, ou les alarmes de voitures hurlent au moins 5 melodies differentes et tous les jours dans quasiment toutes les rues. C'est la capitale dans laquelle en plein milieu est construit l'aeroport et ou les avions font parti du paysages comme des oiseaux dans une foret. C'est des petits commerces de quartiers bruyants et desorganises avec la tete de cochon qui sort de la boucherie et toutes les viandes etalees au soleil grignottees par les mouches. C'est un climat qui te fait perdre la notion du temps quand t'es europeen, tu crois qu'il est 16h alors qu'il est seulement 10 heures du matin. C'est les hauts parleurs accroches sur le toit d'une camionnette qui t'annonce qu'on vend des pommes de terres a 2 dollar le kilo. C'est les montagnes gigantesques et magnifiques qui t'illuminent et t'envoie un sentiment de securite.
C'est tout ca pour moi Quito. J'en garde ces belles images. Je prefere rester dans l'illusion de la jeune voyageuse novice qui ne voit que des images inedites et droles que renvoient un nouveau pays.
Je sais pourtant que sous tous ces belles images il y a des milliers de gens qui subissent des inegalites inacceptables. Qu'un grand nombre d'enfants vit dans la rue, que les droits des femmes sont souvent bafoues, que la corrumption touche tous les politiques et s'est infiltree dans les villages les plus demunis.
Je sais que derriere mon reve qui se realise, la realite est autre et qu'en fait il y a enormement de choses inacceptables ici.
Je crois que malgre tout je prefere positiver et relativiser comme me l'ont apprit les equatoriens. Ils sont tellement humbles et genereux, ils sont la beaute de ce pays que je garderais toujours dans le coeur.
Pour en revenir a la chronologie des evenements, la tristesse du depart s'est vite transforme en enthousiasme car toute bonne chose a une fin et un nouveau depart promet aussi de nouvelles rencontres et des surprises.
On ne sait pas ce qui nous attend et ce qu'on va decouvrir...c'est ca aussi qui me plait dans l'aventure.
Direction La Valle del Sade, dans la province d'Esmeraldas au nord du pays sur la partie Costa (cote) du pays.
A quoi m'attendre? Je sais pas!
Alors je debarque, apres 6 heures de car, dans une petite ville incroyablement bordelique! Du bruit rien que du bruit, des voitures partout, une agitation montrueuse, des rues sales, des gens partout.
Premiere surprise: le regard des gens a change. On me regarde comme une touriste c'est mauvais signe.
Premieres decisions: fait attention, reste sur tes gardes, ne fait confiance a personne avant de te retrouver au calme. Trouve vite un endroit ou aller avant que cette femme qui pue l'alcool et qui te crie dessus n'attire d'autres inconnus.
Par chance deux jours avant, en soiree bien arrosee sur Quito un francais rencontre par coincidence m'avait file le numero d'une francaise a Quinide...je l'appelle et elle nous sauve en nous offrant hospitalite et calme. Nous passerons la nuit ici avant de reprendre la route car l'ecole est a 3 heures de car d'ici...en pleine jungle!
En fait c'est pas vraiment un car qui nous emmenera apres la soiree festive, ca s'appelle une "Ranchera": c'est une camionnette ouvertes qui peut accueillir une 20ene de personnes en bas et une trentaine sur le toit. Nous evidement on choisit le toit c'est plus drole. A ce moment la on ne savait pas la route qui nous attendait.
Un chemin, des pierres, des virages, des trous, des planches de bois qui servent de pont, des branchent d'arbres qui te gifflent si tu regarde pas devant, un equatorien qui t'ecrase les pieds, un vrai tape cul sur 3 heures de route. Tout ca au milieu d'un paysage absolument magnifique, nous sommes en jungle entoures d'oiseaux gigantesques et d'especes animales jamais vue auparavent. On croise des petites maisons en bois de temps en temps et des paysans qui nous regardent. Et la je me dis: " c'est pas possible qu'au bout de ce chemin il y a une ecole".
Bienvenue a La Valle del Sade, ou il n'y a qu'une rue principale de laquelle il faut une bonne demi heure de ranchera pour trouver l'ecole. Isolee.
On arrive, personne ne nous attend puisqu'il n'y a pas de telephone, et on rencontre le sourire de Pablo. Ils nous installe dans une maison en bois entouree de palmiers tt pres de l'ecole.
Elle compte environ 180 enfants. Nous commencons l'etat de lieux avec le directeur: pas d'eau, pas de livres, aucun materiel didactique, pas de carte du monde ( "la France? ca existe? ), crayons/papiers, pas de car scolaire pour aller chercher et ramener les petits( certains font plus d'une heure de marche pour venir).
L'etat les a oublie (comme quasiment toutes les ecoles que nous visiteront) et ne les aide qu'en leur offrant les biscuits pour la recreation. Dans ce pays ce sont les gens qui aident le gouvernement, et pas l'inverse.
Notre echange avec cette ecole restera gravee, nos relations avec les enseignants et les enfants ont ete tres fortes. Je pense deja aux evenements que je vais organiser a mon retour en France pour leur permettre de developper l'ecole, c'est urgent.
Apres avoir partage la maison avec les fourmis, arraignees et autres blattes gigantesques, apres m'etre baignee et avoir lavee mon linge dans la riviere, avoir cotoyee la boue et les coctiers pendant une semaine...nous reprenons notre route, direccion la plage et Atacames pour une semaine de vacances avant de nous diriger vers l'ecole de Crucita. En repassant par Quininde la ville "folle", on nous y vole notre camera! Petite crise maintenant maitrisee, j'ai eu peur que Kevin quitte le projet mais maintenant c'est sur, il reste.
Dans le car, une femme me demande de lui payer son trajet. Une demi heure plus tard une autre veut que je lui offre mes bagues.
A l'arrivee, meme si on est emu de decouvrir le Pacifique, on decide tout de suite de fuir cette plage: trop touristique. Tout a coup a l'arriere de la camionette privee qui s'est improvise notre taxi a la descente du car, s'agrippe un jeune homme. J'en profite pour lui demander une plage plus tranquille et pas trop loin. Nous prendrons donc, par pure coincicence, la directrion de Súa. Nous y rencontrerons deux cousins qui nous invitent a dormir dans leur bar en face de la plage, que demander de plus? Ils ont une maison plus au sud sur la cote, a Cojimies et nous invitent a finir la semaine la bas...que demander de plus?
Aaaah Cojimies! Le pied! Tu cherches un endroit tranquille pepère pour ecouter le son des vagues et finir ta vie?? C'est a Cojimies qu'il faut aller!
Un petit village de pecheurs tout paisible ou les rues sont faites de sable, ou tout le monde se salue et se respecte (en apparence en tout cas), ou on y mange que du poisson bien frais et ou les commercants curieux prennent le temps de te souhaiter la bienvenue et t'offrir un fruit savoureux. J'y rencontrerai Santa et Gonzalo qui sont aujourd'hui mes amis pour toujours. Ils habitent dans une maison en bois sur la plage. Sans eau et avec des coupures d'electricite, je me suis habituee. Ici la plupart des maisons sont construites sans arrivee d'eau donc pas de robinet ou de sallle de bain a quoi bon?
Elle m'apprendra la crochet et je commence a me mettre serieusement a l'artisanat et a fabriquer plein de petit truc avec des coquillages (magnifiques eux aussi bien sur!).
On est pas l'a pour faire bronzette sans arret et puis meme si j'aime flanner et vivre dans une bulle loin de tout, les enfants et le projet me manquent.
Direction Crucita, plus au sud encore, pour faire l'etat des lieux de l'ecole que nous conseille l'association francaise NucaLlacta.
L'histoire de cette ecole est ironique: il y a moins de 6 mois la centaine d'enfant prenait cours dans une maisonnette en bambou sans rien d'autre que les fondations. Apres maintes et maintes demandes, la directrice obtient de l'etat la construction d'un vrai batiment. Les travaux s'arreteront eux aussi aux fondations: les murs et rien d'autres. Pas de chaises, tables, bureaux, tableaux, pas d'espace jeux, pas de cantine...Quatres salles de cours pour tout le primaire soit 7 niveaux d'education! En fait ils sont venus, ils ont construit un batiment pas adapte et ils sont repartis.
Les quatres professeurs se partagent les enfants, les parents se relaient pour preparer le dejeuner et servir dans les salles de classes. Encore une ecole qui survit uniquement grace a la volonte et la solidarite des professeurs et parents.
Nous sommes accueillis dans la maison d'une famille adorable qui m'organisera un anniversaire inoubliable et avec nous partagerons des moments tres forts.
J'espere que nous reussiront le projet Hilo de Oro avec ces ecoles et que nous auront un jour l'occasion de rendre un accueil chaleureux aux Equatoriens que nous avons rencontre tout au long du parcours.
J'ai beaucoup appris de ces quatres mois de decouverte, comme des valeurs simples et evidentes: le partage, l'humilite, la solidarite. Je sais qu'on peut vivre avec presque rien et pour autant etre tres genereux. On peut aussi economiser l'eau puisque on peut vivre avec trois ou quatres sceaux par jour.
Je relativise beaucoup plus et prend conscience de la chance incroyable que j'ai eu de naitre dans un pays qui t'offre l'education, l'aide sociale et la possibilite de voyager. Car les equatoriens aussi veulent decouvrir d'autres cultures mais la plupart des frontieres leur sont fermees, ils n'obtiennent pas de visas.
J'ai peur aussi de retrouver la France sans ces valeurs chaudes et rassurantes. J'ai parfois l'impression qu'on a perdu beaucoup d'humanite et de simplicite. Entre nous dans la rue on ne se regarde meme pas! Comment favoriser les echanges et le partage?
Je me prepare donc deja a cette aventure et experience que representele retour en France.
En tout cas je continue de penser bien fort a vous et de realiser a quel point vous comptez pour moi.
Apres ce mois de mai diversifie j'ai quitte la cote pour retrouver la Sierra et la ville de Cuenca ou mes amis Juaquin et Bernarda nous ont invites. Mercredi dans la nuit je passe la frontiere Peruvienne pour de nouvelles aventures. Vous retrouverez quelques illustrations dans la rubriques Photos.
J'ai pas le temps de relire, m'en voulez pas pour les fautes. Je vous embrasse tous bien fort.
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